Est-ce que le report d'une obligation légale est une bonne nouvelle ? Généralement, soyons honnêtes, nous répondons tous plutôt positivement, surtout si la raison invoquée est valable. Dans le cas du report de l'application de la directive CSRD, le motif officiel est le besoin de "simplifier les règles relatives à la publication d'informations en matière de durabilité" (la preuve est ici). Est-ce une raison valable ? Et, est-ce que c'est une bonne nouvelle ? Jugez par vous-même !
Comprendre la CSRD
Avant de rentrer dans le détail, résumons les principaux faits. La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) est une directive européenne qui rend la durabilité aussi cruciale que l'information financière. Elle oblige les entreprises à analyser leur situation sous deux angles.
- Comment les enjeux climatiques affectent la rentabilité : volatilité des prix de l'énergie, taxes et quotas carbone comme l'ETS-2, etc.
- Quel est l'impact des activités sur l'environnement : cycle de vie du produit, transport amont et aval, etc.
Cette approche est le concept clé de la CSRD. Elle est désignée comme le principe de la double matérialité.
- Comment les enjeux climatiques affectent la rentabilité : c'est la matérialité financière
- Quel est l'impact des activités sur l'environnement : c'est la matérialité d'impact
Cela ne saute peut-être pas aux yeux, mais la double matérialité est un outil puissant pour analyser la durabilité globale d'une entreprise. L'ensemble du spectre est pris en compte pour mesurer les performances environnementales : empreinte de l'activité et de la chaîne de la valeur, actions, trajectoire bas-carbone...
Sa portée, conformément à son objectif initial, est européenne pour faciliter la comparaison de différents acteurs professionnels, et ainsi faire ressortir les bons élèves. Le reporting CSRD impose donc la publication de données standardisées selon les normes européennes ESRS (European Sustainability Reporting Standards). Nous y reviendrons, mais sachez que cela inclut un bilan carbone complet (Scopes 1, 2 et 3), une transparence sur le mix énergétique et un plan de transition aligné sur l'Accord de Paris.
Contrairement aux anciens rapports RSE comme la directive NFRD (Non Financial Reporting Directive), les informations du reporting CSRD sont obligatoirement auditées et certifiées par un organisme tiers indépendant (OTI). Objectif : atteindre la même fiabilité que pour la publication de comptes financiers.
Reporting CSRD, ange ou démon ?
La CSRD change les règles du jeu pour les professionnels européens, et a fortiori français. Désormais, énergie et décarbonation ne sont plus des sujets techniques ou RSE, leur cadre s'élargit au pilotage de l'entreprise. L'énergie bascule du statut de charge d'exploitation à celui de risque financier explicite, au même titre que la dette ou la dépendance fournisseur. Le carbone devient une composante de la prise de décision avec un potentiel énorme en termes financiers et de compétitivité notamment.
Les entreprises qui ne se préparent pas dès à présent subiront cette nouvelle donne et verront leurs marges s'éroder et leur viabilité engagée. Celles qui agissent aujourd'hui profiteront d'un levier de performance durable, d'une plus grande maîtrise énergétique et du risque carbone avec un retour sur investissement (ROI) mesurable.
Un effort collectif
La CSRD s’impose avec des contraintes mais également des promesses. En structurant vos données Énergie / Carbone, vous êtes amené à vous poser des questions nouvelles et à dépoussiérer des principes d'un autre monde. Le reporting CSRD est une opportunité pour sécuriser votre approvisionnement et vos coûts tout en renforçant votre position face à des clients et donneurs d’ordres plus exigeants. C'est une tâche que vous ne pouvez mener seul, quelle que soit votre position dans la société où vous œuvrez.
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Direction générale
La CSRD oblige à formaliser des risques énergie-climat déjà bien réels. Bien utilisée, elle apporte une vision chiffrée, opposable et stratégique pour arbitrer, sécuriser vos marges et piloter la transformation sans subir la réglementation.
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DAF
Le reporting CSRD encadre un poste historiquement instable : l’énergie. En parallèle, il intègre la gestion du risque carbone dans les leviers de prévisibilité budgétaire, de ROI mesurable et de crédibilité accrue auprès des banques et investisseurs.
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RSE & Énergie
La CSRD exige des données complètes, cohérentes et auditables, notamment sur les Scopes carbone. Structurée correctement, la démarche permet de sortir du déclaratif, de gagner en efficacité opérationnelle et de piloter des actions à impact réel.
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Achats
La CSRD fait exploser le poids stratégique du Scope 3, donc des fournisseurs, concernant la qualité des données carbone et la sécurisation de la chaîne de valeur. Bien pilotée, la CSRD renforce le pouvoir de négociation et réduit les risques fournisseurs.
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Juridique
Le reporting CSRD engage la responsabilité de l’entreprise avec des données à produire opposables, auditables et publiées. Le juridique sécurise les périmètres pour limiter les risques de non-conformité et éviter le greenwashing.
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Exploitation
La CSRD rend visibles les inefficiences opérationnelles : consommations énergétiques, usages, pertes. C’est l’occasion de transformer des contraintes réglementaires en gains de performance terrain, avec des actions concrètes et mesurables.
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Commercial
Le reporting CSRD fournit des données solides pour répondre aux appels d’offres, rassurer les grands comptes et se différencier. C'est un argument commercial structurant pour satisfaire les exigences des clients et des donneurs d'ordre.
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DRH
La CSRD intègre des enjeux sociaux et d’attractivité. Une stratégie énergie-climat crédible renforce la marque employeur et l’engagement des équipes. Les RH deviennent un relais clé de la transformation à valoriser en interne comme en recrutement.
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Immobilier
Performance énergétique, conformité au décret tertiaire, trajectoire bas-carbone : la CSRD met les actifs immobiliers sous les projecteurs. Elle simplifie la prise de décision pour les investissements et augmente à terme la valeur économique du foncier.
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IT
Collecter, fiabiliser, consolider et auditer les données CSRD est un sujet data avant d’être un sujet RSE. Les services IT jouent un rôle central pour sécuriser la traçabilité des informations publiées et ainsi garantir la validité du reporting.
Champ d'application
Comme évoqué en introduction, la CSRD a été reportée de 2 ans par la loi DDADUE5 du 30 avril 2025. Ce nom charmant résume l'intitulé complet qui est : diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne en matière économique, financière, environnementale, énergétique, de transport, de santé et de circulation des personnes.
Nouveau chambardement en 2026 avec l'adoption par l'Europe de la directive Omnibus I. Celle-ci réduit les entreprises assujetties à la CSRD en élevant les seuils.
- 1 000 salariés (avant : 250 salariés)
- CA net supérieur à 450 M€ (avant : 50 M€)
Auparavant concernées, les PME cotées sont exclues du dispositif. En dehors des grosses entreprises respectant les critères ci-dessus, les entreprises hors UE mais présentes en France et les filiales de groupe sont plus ou moins concernées. À noter que les États membres ont jusqu'à mars 2027 pour transposer Omnibus I dans leur dispositif réglementaire.
Effet cascade
Même si votre société n'est pas directement soumise à la CSRD, vous serez inévitablement impliqué par ricochet. Les grandes entreprises, pour reporter de manière exhaustive leurs émissions de Scope 3 (qui incluent les achats de biens et services), doivent collecter des données de durabilité auprès de leurs fournisseurs. Elles se tourneront donc vers vous pour obtenir des informations précises sur votre performance énergétique et votre empreinte carbone.
Un professionnel incapable de fournir ces données de manière fiable sera désavantagé commercialement. À l'inverse, celui qui anticipe cette demande et structure son reporting se positionne comme un partenaire stratégique et mature, renforçant sa compétitivité au sein de la chaîne de valeur. Pour faciliter cette transition, la norme de reporting volontaire et simplifiée VSME (Voluntary Standard for non-listed micro-, small- and medium-sized undertakings) est accessible pour les micro-entreprises et les PME.
Structurer les données pour le reporting CSRD
Au centre des exigences de la CSRD se trouvent les normes européennes de reporting de durabilité, les ESRS (European Sustainability Reporting Standards, vous vous en souveniez probablement). Parmi celles-ci, la norme ESRS E1 "Changement Climatique" est la pierre angulaire de votre reporting énergétique et carbone. Elle impose de publier des informations précises, quantifiées et prospectives sur la manière dont les entreprises intègrent le climat dans leur stratégie.
- Consommation d'énergie et mix énergétique. Vous devez détailler votre consommation d'énergie totale, en la ventilant par source (énergies fossiles, renouvelables, etc.). Cette transparence sur votre mix énergétique est la première étape pour démontrer une transition crédible.
- Émissions de gaz à effet de serre (GES). La norme exige un bilan carbone complet, couvrant les trois périmètres décrits ci-dessous. La publication de ces données est annuelle pour les entreprises soumises à la CSRD.
- Scope 1 : émissions directes (utilisation de gaz, pétrole, charbon ou fioul pour les équipements sur site ou la flotte de véhicules, procédés industriels...)
- Scope 2 : émissions indirectes liées à l'énergie achetée (électricité, vapeur, chaleur, froid...)
- Scope 3 : toutes les autres émissions indirectes de votre chaîne de valeur (achats, transport, utilisation des produits, etc.), qui représentent souvent la majorité de l'empreinte carbone
- Plan de transition. C'est l'élément le plus stratégique, un plan d'action crédible et chiffré pour aligner le modèle de l'entreprise avec l'objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, conformément à l'Accord de Paris. Ce plan détaille les objectifs de réduction des émissions, les actions prévues (efficacité énergétique, passage aux renouvelables) et les investissements associés.
Pris dans leur ensemble, ces éléments mettent en évidence les dépendances critiques et les incohérences entre les objectifs affichés et la réalité opérationnelle. Voilà pourquoi le reporting CSRD repose sur la valeur des données qui l'alimentent. C'est la condition sine qua non pour que les décisions prises soient les bonnes.
Sans data, c'est la cata
Tout repose donc sur les frêles (?) épaules des personnes chargées de recenser la data, c'est-à-dire les données dont la pertinence, la fiabilité et la mise à jour doivent être irréprochables. Sans data, c'est effectivement la cata. C'est aussi la cata avec de la mauvaise data.
Le sujet est central puisque la qualité du reporting CSRD en dépend. Il est également transversal puisque les données sont dispersées entre les services. La mise en place d'un comité de pilotage pour planifier, récolter et contrôler les informations est le meilleur moyen de procéder. Cela limite les erreurs, l'accumulation des indicateurs sans intérêt et la fiabilité de la démarche.
La création de ce comité d'audit n'est pas une obligation légale. Par contre, la mission de surveillance du reporting l'est pour suivre le processus d'élaboration et s'assurer de l'efficacité des systèmes de contrôle interne et de gestion des risques liés à ces données.
Le Bilan Carbone® et l'audit énergétique sont incontournables pour faire un état des lieux des émissions carbone et des consommations d'énergie. Ensuite, l'intégration d'outils digitaux — comme un logiciel de pilotage carbone ou un système de management de l'énergie (EMS) — facilite la gestion des données. Leur vocation est d'automatiser la collecte, de consolider les éléments et de garantir la traçabilité attendue par les certificateurs.
Bénéfices d'un reporting CSRD consolidé
Arrivé à ce stade de notre exposé, vous avez saisi les enjeux qui se cachent derrière la directive CSRD et son obligation de reporting normé. Pensez-vous alors que son report est une bonne nouvelle ?
- Si les aménagements annoncés apportent une réelle simplification et, en conséquence, une diffusion plus large et plus rapide, la réponse sera "oui". Mais au prix d'un retard potentiellement irrattrapable (soyons pessimistes) et d'une situation qui aura empiré.
- Si le report n'était qu'une manœuvre politique destinée à gagner du temps (dans quel but ?), la réponse sera "non". Nous aurons tous perdu du temps, en espérant n'avoir pas tout perdu (soyons positifs).
- Si la nouvelle version de la CSRD n'est pas fondamentalement différente de ce qu'elle est aujourd'hui (soyons réalistes), la réponse sera "à quoi bon ?". À charge pour chacun de voir le verre à moitié plein ou à moitié vide.
En définitive, il reste à espérer que les professionnels n'auront pas attendu d'en savoir plus pour agir. Pourquoi ? Parce qu'ils auront perçu où se trouve leur intérêt, tout simplement.
Conformité CSRD sécurisée et pilotée
Réduction mesurable des coûts énergétiques
Trajectoire de décarbonation crédible et valorisable
Meilleure image auprès des banques, clients et talents
Exemples de projets ayant un impact CSRD
N'en doutez pas une seconde, votre entreprise possède des gisements d'économie que vous ne soupçonnez même pas. En adoptant une approche structurée, vous saurez où concentrer vos efforts pour réduire vos factures d'énergie et rester dans les clous d'une trajectoire bas-carbone efficiente. Selon votre domaine d'activité, votre profil de consommation et bien d'autres critères, vous adopterez une stratégie qui pourra se matérialiser de bien des façons. En voici quelques exemples.
Industrie agroalimentaire
- Action : modernisation de la ligne de production avec refonte des procédés de froid et de vapeur via l'investissement dans des équipements à haute efficacité et la récupération de chaleur fatale
- Gains : baisse des consommations générant des économies de plusieurs milliers d'euros par an et réduction forte du Scope 1 avec des centaines de tonnes d'émissions de CO2 évitées
Groupe logistique
- Action : sécurisation de la chaîne du froid dans un entrepôt par le remplacement d'appareils énergivores
- Gains : baisse structurelle des charges renforçant la compétitivité et la résilience face à la volatilité des coûts énergétiques tout en divisant par deux l'impact carbone du site
Entreprise tertiaire
- Action : réalisation d'un audit énergétique et d'un Bilan Carbone® sur un bâtiment, soumis au décret tertiaire, accueillant du public
- Gains : définition d'une feuille de route intégrée dans le plan de transition du reporting CSRD, avec priorisation des opérations à ROI rapide pour autofinancer les investissements à plus long terme et garantir la conformité réglementaire
Quelle différence entre un PPA et un contrat d'énergie classique pour la CSRD ?
Un PPA (Power Purchase Agreement) est un contrat de long terme (souvent 10 à 15 ans) adossé à une production renouvelable spécifique. Pour la CSRD, il a une double valeur : il garantit l'origine verte de l'électricité (bénéfique pour le Scope 2 du bilan carbone) et il sécurise le prix d'achat sur la durée (bénéfique pour la matérialité financière et la prévisibilité).
Mon entreprise est une PME non cotée, suis-je vraiment concerné par la CSRD ?
Directement, non. À ce jour, l'obligation de reporting selon la directive CSRD ne s'applique pas aux PME non cotées. Indirectement, oui, et c'est un enjeu stratégique majeur. Si votre entreprise fait partie de la chaîne de valeur d'un client soumis à la CSRD, ce dernier a l'obligation de reporter ses émissions de Scope 3, qui incluent vos émissions en tant que fournisseur.
Comment le reporting CSRD impacte-t-il mes relations bancaires ?
Les banques ont elles-mêmes des obligations de reporting sur leur portefeuille de prêts. Une entreprise capable de présenter un reporting CSRD robuste et une trajectoire de décarbonation claire sera considérée comme "moins risquée" et accèdera à des conditions de financement plus favorables.
Qui va vérifier et certifier mon reporting de durabilité ?
Le reporting CSRD doit être certifié par un tiers externe accrédité. Soit un commissaire aux comptes ayant suivi la formation requise et obtenu l'agrément spécifique. Soit un organisme tiers indépendant (cabinet de conseil, d'audit ou de certification) accrédité par le COFRAC (Comité Français d'Accréditation).
Le niveau de certification actuel est dit "d'assurance limitée", l'auditeur concluant qu'il n'a pas relevé d'anomalies significatives suite à son contrôle. À horizon 2028, le niveau passera à une "assurance raisonnable", où l'auditeur confirmera la validité des informations.
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