L'approvisionnement en énergie est un levier majeur de compétitivité et de résilience pour les professionnels. Subir la volatilité des marchés n'est plus une option viable. La production par l'entreprise d'une énergie renouvelable est l'une des meilleures solutions pour décarboner et optimiser la gestion énergétique. Elle permet de sortir du modèle classique du consommateur passif dépendant totalement d'un fournisseur de gaz ou d'électricité.
Production d'énergie, priorité économique et écologique
L'interdépendance entre énergie et décarbonation est le pivot de la transformation que notre société doit impérativement concrétiser. Réduire son empreinte carbone sans repenser son mix énergétique est une illusion. À l'inverse, miser sur la production d'une énergie bas-carbone remplit deux objectifs.
- Sécuriser les coûts de fourniture énergétique et les marges commerciales par la valorisation des actions et des actifs
- Aligner la trajectoire de décarbonation de l'entreprise avec les exigences climatiques et les attentes des donneurs d'ordre, clients et salariés (actuels et futurs)
Plus grande autonomie énergétique, échappatoire à l'envolée des prix du marché de l'énergie, réduction des taxes, baisse des émissions de gaz à effet de serre, respect des obligations réglementaires (reporting CSRD, critères ESG)... Il n'existe aucune raison d'éluder le sujet de la production locale d'une énergie verte. Celui-ci dépasse le cadre technique car il touche à la santé financière, à la compétitivité et à l'image de marque de l'entreprise.
Autoconsommation
Le terme d'autoconsommation désigne le cycle vertueux où l'énergie consommée est issue d'une production sur site (ou sur un site distant mais appartenant à l'entreprise). Normalement, vous avez à l'esprit des panneaux photovoltaïques couvrant la toiture d'un bâtiment et fournissant une électricité d'origine solaire. C'est le dispositif le plus courant, même s'il est loin d'être le seul.
- La production d'électricité est également possible, notamment, via une installation éolienne ou hydraulique
- La chaleur et le gaz peuvent aussi être produits et consommés par un professionnel
Une occasion à saisir ?
L’étude de faisabilité d’un projet d’autoconsommation détermine la rentabilité économique et opérationnelle. Elle analyse le profil de consommation, les objectifs financiers et les surfaces exploitables : toitures, parkings, foncier disponible... Cette phase amont sert à définir la technologie la plus adaptée pour répondre aux besoins et aux attendus, le dimensionnement optimal ou encore le plan de financement. Point important, elle sécurise la conformité réglementaire et les contraintes techniques.
Il est toutefois possible que les conclusions de l'étude d'opportunité débouchent sur un avis négatif. Si les conditions ne sont pas réunies (rentabilité incertaine, investissement CAPEX trop élevé, etc.), freinez des quatre fers. L'autoconsommation n'est peut-être pas la piste à suivre, mais d'autres moyens existent de verdir votre mix énergétique : achats d'énergie EnR sur le marché, contracter un contrat PPA ou vPPA directement auprès d'un producteur d'électricité renouvelable...
Ou alors, vous passez dans une autre dimension de l'autoconsommation en agglomérant d'autres professionnels à votre projet. L'autoconsommation collective mutualise la production et la consommation d'une énergie produite localement, sur un ou plusieurs sites, par des acteurs proches géographiquement. Elle ouvre des perspectives intéressantes pour les zones d’activité économique, les collectivités ou les groupes multisites, par exemple. L'autoconsommation collective nécessite toutefois une structuration juridique et contractuelle claire et rigoureuse ainsi que des outils de mesure et de répartition de l'énergie. Bien conçue, elle est un atout financier et écologique pour l'ensemble des acteurs tout en valorisant le territoire.
Produire localement une partie de l'énergie que votre entreprise consomme est une décision stratégique forte. Dans le cadrage de la démarche se pose forcément la question du type d'énergie à produire. Plusieurs possibilités s'offrent à vous, le choix dépendant de vos besoins et du résultat des simulations.
Électricité
L’électricité est l’énergie la plus flexible et la plus simple à piloter. Elle est de fait le levier de flexibilité priorisé pour diversifier un mix énergétique. Le principal mode de production est le solaire photovoltaïque avec des panneaux constitués de cellules semi-conductrices qui transforment le rayonnement du Soleil en électricité. Ces panneaux sont installés sur des toitures, en ombrière de parking ou sur le sol.
L'éolien et l'hydroélectrique sont moins fréquents et conviennent aux sites exposés au vent ou implantés près d'un cours d'eau suffisamment puissant. Leur fonctionnement est basé sur des turbines qui captent l'énergie cinétique du vent ou de l'eau pour générer un courant électrique.
Dans un projet de méthanisation, le biogaz issu de la transformation de déchets organiques est valorisable en électricité et en chaleur par l'action d'un moteur / turbine à gaz. C'est le principe de la cogénération qui existe aussi via des moteurs thermiques ou alimentés par du gaz naturel.
Chaleur
Indispensable pour le chauffage des locaux, la production d'eau chaude sanitaire ou les processus industriels, la chaleur peut être produite localement avec un haut rendement. Les modes de production sont variés, avec une rentabilité très attractive.
- Solaire thermique. Des capteurs absorbent la chaleur du Soleil pour chauffer un fluide caloporteur.
- Géothermie. Des pompes à chaleur puisent les calories naturellement présentes dans le sol ou les nappes phréatiques.
- Biomasse. La combustion de bois ou de résidus organiques dans des chaudières haute performance assure une production thermique stable et neutre en carbone.
- Récupération de chaleur fatale. Capter les déperditions thermiques qui s'opèrent dans les procédés industriels réduit les coûts (réutilisation en interne), génère des revenus (injection dans un réseau de chaleur urbain) et concrétise la trajectoire de décarbonation.
Froid
Produire du froid sur site sécurise la chaîne du froid et maintient un confort thermique à moindre coût en période de chaleur. La production s'appuie sur des technologies semblables à celles qui génèrent de l'électricité ou de la chaleur.
- Froid électrique via photovoltaïque. Des panneaux solaires alimentent directement des groupes froids ou des pompes à chaleur air-air performantes. Puisque les besoins en climatisation coïncident souvent avec les pics d'ensoleillement, le taux d'autoconsommation est généralement excellent.
- Géocooling (ou free-cooling). Selon le mécanisme naturel de la géothermie, la fraîcheur du sol ou d'une nappe phréatique est captée pour rafraîchir un fluide caloporteur.
- Froid solaire via des capteurs thermiques. La chaleur perçue alimente une machine à absorption où un cycle physico-chimique transforme cette chaleur en froid. Plus il fait chaud et beau, plus vous produisez de froid : c'est l'alignement parfait entre ressource et besoin.
- Trigénération. En plus de l'électricité et de la chaleur, la production de biogaz est transformée, via un échangeur, en froid.
Gaz
L’autoconsommation de gaz repose quasi exclusivement sur le biogaz. Pour produire le combustible, la méthode la plus courante est la méthanisation de déchets agricoles, industriels ou alimentaires. Leur fermentation produit du biogaz utilisable directement sur site, injectable dans le réseau ou valorisable en électricité, chaleur et carburant (BioGNV).
Financer, économiser, valoriser
Le financement est souvent le point de friction d'un projet d'autoconsommation. La somme à investir est un frein potentiel, même si des montages facilitent le bouclage du plan de financement tout en sécurisant la rentabilité : finance verte, leasing photovoltaïque, tiers-investissement, contrats de performance énergétique… Ces modèles préservent la trésorerie et permettent de lancer un projet de production d’énergie sans CAPEX lourd.
Les retombées économiques d'un tel projet sont visibles sur le bilan comptable de l'entreprise, en votre faveur si le différentiel avec les prix de marché est favorable à l'autoconsommation. Au niveau commercial, votre engagement ESG / RSE est un avantage qui se traduit très concrètement sur le chiffre d'affaires de la société. Les clients (comme les donneurs d'ordre et les financeurs) sont sensibles à des arguments comme l'autoconsommation, ne vous privez pas de communiquer dessus. Toujours dans le domaine de la compétitivité, les professionnels dont le mix énergétique suit une trajectoire de décarbonation crédible ont accès à des marchés privés et publics où leur écoresponsabilité est valorisée.
Tout cela compte et bénéficie à la situation financière de votre entreprise. Sans oublier les pénalités évitées en restant dans les clous réglementaires de la transition énergétique bas-carbone. Et ce n'est pas tout. D'autres voies sont à explorer pour monétiser votre production d'énergie renouvelable.
Vente de votre production EnR
Financièrement parlant, produire de l'énergie n'est pas seulement un moyen de consommer moins cher. C'est aussi une opportunité de générer des revenus et de valoriser des actifs fonciers. Les professionnels ont plusieurs options pour amplifier la portée économique de leur projet d'autoconsommation.
Gagner de l'argent (et éviter d'en gaspiller)
L'analyse préalable à la mise en place d'une démarche d'autoconsommation préconise un dimensionnement de l'installation pour correspondre aux besoins. Ces besoins sont, au choix, limités à la consommation propre de l'entreprise ou étendus dans une optique de vendre l'énergie EnR produite (en partie ou entièrement).
Dans le premier cas, l'excédent de production, c'est-à-dire l'énergie qui n'est pas consommée, a une valeur qu'il ne faut pas gaspiller. Dans le second cas, toute l'énergie produite doit être monétisée puisque c'est l'objectif fixé. La question se pose alors de la méthode pour transformer les volumes d'électricité, chaleur ou autre, en rentrée d'argent pour la société. Prenez bien conscience, en passant, que cela accélère le ROI du projet d'autoconsommation.
Contrat ou pas contrat ?
L'énergie produite, ou le surplus de production, a une valeur qui fluctue en fonction de plusieurs critères : volume, disponibilité (et régularité de celle-ci), écart avec les prix de marché, et surtout de la stratégie de monétisation que vous mettez en place.
- Risques et gains limités : contrat fixe avec un fournisseur ou de gré à gré
- Risques et gains mesurés : vente sur le marché Spot (de la veille pour le lendemain)
- Risques et gains élevés : vente sur le marché Intraday (en temps réel)
Pour l'électricité, qui est l'énergie la plus largement concernée par l'autoconsommation, les contrats de référence sont les PPA (Power Purchase Agreements) et les vPPA (virtual PPA). Ce sont des engagements sur plusieurs années, ce qui offre de la visibilité aux contractants. Dans un PPA, les producteurs d'électricité verte s'engagent à fournir leur énergie directement au professionnel consommateur, ou à un fournisseur ou agrégateur. Le prix peut être fixe, indexé au marché ou hybride (part fixe + part indexée). Dans un vPPA, l'énergie produite n'est pas livrée à l'acheteur. Elle est vendue sur le marché par le producteur et l'acheteur reçoit la valeur convenue pour chaque MWh injecté sur le réseau.
Quel est le ROI moyen d'un projet d’autoconsommation ?
Pour un professionnel, le retour sur investissement se situe généralement entre 8 et 10 ans, en fonction du coût de l'installation, du prix de l'énergie remplacée, des aides au financement et de la valorisation éventuelle du surplus de production.
Faut-il être un grand groupe pour se lancer dans la production d'énergie ?
Non. PME, ETI et grand compte peuvent tous tirer profit de la production d’énergie, en solo ou en autoconsommation collective. La viabilité du projet dépend du cadrage, de la gouvernance et des conditions contractuelles et financières négociées.
Comment financer une installation de production sans apport de trésorerie ?
Parfois oui, parfois non puisque tout dépend du montant à investir. En théorie, à valider selon la typologie du projet, vous avez accès à des subventions, des solutions de tiers-investissement ou de leasing (location longue durée où l'installation est financée par un partenaire et l'entreprise rembourse via les économies et revenus générés).
Ma toiture est-elle adaptée à la production d'énergie solaire ?
Une étude d'opportunité est nécessaire pour évaluer l'exposition au Soleil, la structure du bâtiment et la surface disponible. Les ombrières de parking sont une alternative fréquente si la toiture n'est pas exploitable.
La géothermie est-elle pertinente pour toutes les industries ?
Elle est particulièrement rentable pour les sites ayant des besoins importants et constants en chaleur ou en froid (process industriels, agroalimentaire, logistique frigorifique).
La production d’énergie aide-t-elle à répondre à la CSRD ?
Oui. Produire son énergie devient une preuve tangible de l'engagement de l'entreprise. Cela réduit directement les émissions du Scope 2 (énergie achetée) en substituant une énergie potentiellement carbonée par une énergie renouvelable. Cela améliore également la traçabilité des données énergétiques et carbone.
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