Poussées par la réglementation, la volatilité des prix de l'énergie et les exigences croissantes de leurs clients, les entreprises de toutes tailles doivent désormais intégrer la transition bas-carbone dans leur business model. Ce qui passe inévitablement par l'adoption et l'application d'une stratégie de décarbonation opérationnelle.

Est-ce vraiment indispensable de décarboner votre entreprise ?

C'est une vraie question ? Admettons que vous n'ayez pas l'âme environnementale et que le destin des générations futures vous importe moins que le résultat annuel de votre bilan comptable. Vous n'êtes clairement pas un cas isolé, mais vous appartenez à la catégorie des retardataires. Celle qui se mordra les doigts de ne pas avoir pris les devants sur les enjeux de la décarbonation en voyant les portes de ses clients se refermer une à une. Celle qui se mordra les doigts de ne pas réussir à recruter, ni même à conserver, les meilleurs talents de son secteur. Celle qui se mordra les doigts (s'il en reste) devant le prix à payer en charges, pénalités, et finalement en actions désespérées pour remettre sa société dans le droit chemin d'une trajectoire carbone responsable et profitable.

Pourquoi Comment élaborer votre stratégie de décarbonation ?

Soyez-en convaincu, la transition énergétique bas-carbone est une opportunité pour les professionnels. Certes, elle ne se fait pas en un claquement de doigts (décidément) et les contraintes existent. Dire le contraire serait mentir, et surtout ce ne serait pas sérieux.

Justement, le sérieux et la rigueur sont les pierres angulaires d'une stratégie de décarbonation. Point d'incantation ou de formule magique, tout est une question de pragmatisme, de méthode et de volonté. En prenant les choses par le bon bout, en vous donnant le temps et les moyens d'agir, en prenant vos décisions avec discernement, vous récolterez les fruits d'une démarche qui est un puissant levier de performance.

Faites lire cet article à votre dirigeant, directeur administratif et financier, responsable juridique ou DRH. Ils ou elles y trouveront de quoi inspirer, concrétiser et réussir la trajectoire qui mènera votre société à la neutralité carbone. Un horizon que vous atteindrez si chaque action est justifiée par un retour sur investissement et alignée sur vos objectifs business.

Prendre les mesures qui s'imposent

La première étape de votre stratégie de décarbonation est d'établir un état des lieux de la situation actuelle de l'entreprise. Énergie et carbone étant intimement liés et interdépendants, vous devez prendre en compte les émissions de gaz à effet de serre (GES) et les données énergétiques.

Vos décisions reposeront sur ce socle documenté par toutes les parties prenantes de la société. Sa sincérité et son exhaustivité sont donc déterminantes. Deux outils de diagnostic complémentaires sont incontournables pour effectuer la cartographie dont vous avez besoin pour piloter votre trajectoire bas-carbone.

Audit énergétique

L'audit incite les professionnels à mettre en place une politique d'efficacité énergétique basée sur des relevés précis et chiffrés. Son objet est d'identifier les postes de consommation, plus ou moins énergivores, et de déceler les gisements d'économie.

L'auditeur étudie d'abord les flux d'énergie au sein de l'entreprise, site par site : chauffage et climatisation, ventilation, processus de fabrication, éclairage, etc. Il qualifie les usages, les volumes consommés et l'efficacité des systèmes. Ce faisant, il met le doigt (ok, c'est la dernière fois) sur les sources de gaspillage et propose un plan d'action pour réduire ces déperditions. Cela représente en général un potentiel d'économie de 10 à 25 % sur la facture énergétique d'une entreprise.

Bilan carbone

Débutons par un point de vocabulaire. Il existe une différence notable entre le Bilan des Émissions de Gaz à Effet de Serre (BEGES) et le Bilan Carbone®. Le BEGES est une obligation légale pour les grandes entreprises (plus de 500 salariés), les collectivités de plus de 50 000 habitants et les établissements publics de plus de 250 agents. Il correspond à un diagnostic des émissions de GES principalement axé sur les périmètres, appelés Scopes, 1 et 2.

  • Scope 1 : émissions directes de l'entreprise (combustibles, procédés, flotte de véhicules...)
  • Scope 2 : émissions indirectes liées à sa consommation d'énergie (électricité, gaz, chaleur...)

Depuis janvier 2023, il faut également prendre en compte les éléments du Scope 3, lequel représente jusqu'à 90 % de l'empreinte carbone d'une entreprise. Il inclut tous les postes d'émission de la chaîne de valeur, en amont et en aval : fournisseurs, transports, achats, matières premières, logistique, déchets...

Pour être dans les clous de la conformité réglementaire et suivre sa performance carbone, le BEGES est obligatoire. Sa pertinence est optimisée s'il est réalisé selon les exigences du Bilan Carbone®. Celui-ci est une méthodologie complète et précise qui garantit le respect de protocoles initialement créés par l'ADEME.

Exhaustif, le Bilan Carbone® est un outil d'aide à la décision. Offrant une vision fidèle et globale, il est indispensable pour définir et piloter une stratégie de décarbonation à court, moyen et long terme.

Bilan carbone ou bilan carbone ?

Dans les faits, la confusion existe entre le Bilan des Émissions de Gaz à Effet de Serre et le Bilan Carbone®. Comme ils vont tous les deux dans le bon sens, celui d'une volonté de mesurer ses émissions pour les réduire, ils sont généralement désignés sous le même vocable de "bilan carbone".

Mais ils sont bien différents : le BEGES est une obligation, tandis que le Bilan Carbone® est une méthode normée pour y répondre. Il est donc important de préciser, dès que nécessaire, de quel bilan carbone il est question pour éviter les malentendus.

Audit énergétique ET bilan carbone

Même s'ils ne répondent pas aux mêmes objectifs, l'audit énergétique et le bilan carbone sont primordiaux pour mesurer l'efficacité et les dérives des flux énergétiques et des émissions de gaz à effet de serre. À partir de données complètes et fiables, vous pouvez passer à la seconde étape de votre stratégie de décarbonation de votre entreprise : fixer le cap.

Définir une trajectoire ambitieuse et réaliste

Votre mission : transformer la data collectée en vision stratégique pour définir une feuille de route qui énonce des buts clairs, mesurables et inscrits dans le temps. Cette étape, cruciale, est portée par la direction pour garantir l'alignement avec la politique de l'entreprise. Pour être crédible et engager vos équipes, la trajectoire de décarbonation cadre le chemin à parcourir.

Des objectifs chiffrés et datés

Ces objectifs sont nécessairement ambitieux, mais assez réalistes pour être atteignables. Ils sont énoncés de façon directe et simple, par exemple : "réduire nos émissions des Scopes 1 et 2 de 40 % en cinq ans". Cela permet d'ancrer dans l'esprit de tout le monde l'enjeu, à charge pour chaque service de décliner les solutions à employer pour relever le challenge.

Des responsabilités claires

Idéalement accompagnée par une expertise interne ou externe, la direction a intérêt à créer un comité de pilotage transversal, chargé de piloter la mise en œuvre du plan d'action et d'animer les différents groupes de travail. L'implication et la responsabilisation des cadres dirigeants sont essentielles pour la réussite du projet : directeur RSE, DAF, référent technique, DRH, etc.

Un calendrier de mise en œuvre

Selon la stratégie retenue, la décarbonation de l'entreprise se matérialise plus ou moins rapidement. L'essentiel est que le plan d'action soit divisé en séquences, avec validation de chaque point d'étape. Commencer sa trajectoire par des actions à ROI rapide génère des économies qui financent les projets plus structurants.

Des indicateurs de performance (KPIs)

Une trajectoire bas-carbone se mesure par le volume des émissions en valeur absolue, en tonnes de CO2eq. Pour apprécier plus précisément les performances de votre stratégie de décarbonation, définissez des indicateurs d'intensité, comme les kWh consommés par unité produite ou les émissions de CO2 par euro de chiffre d'affaires.

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Concrétiser la stratégie de décarbonation de l'entreprise

Place à l'action. Ou plutôt aux actions, puisque plusieurs leviers sont à activer pour décarboner votre entreprise. Lesquels ? À vous de voir ce que préconise votre stratégie et son déploiement opérationnel. Il n'existe pas de liste des tâches applicable à tous les professionnels, chaque société a ses spécificités. Cependant, de grands ensembles émergent, qu'il serait étonnant de ne pas aborder.

Sobriété

Posez-vous la question : "que pouvons-nous changer pour ne pas consommer d'énergie, ni de ressources, et ne pas émettre de gaz à effet de serre ?". Cette interrogation doit embrasser toutes les activités de l'entreprise, toutes les pratiques, process et comportements.

De fil en aiguille, vous aboutissez à des modifications structurelles et à l'adoption de bonnes pratiques peu coûteuses, mais ayant un réel impact. Au prix de certaines difficultés, voire concessions, qui sont d'autant mieux acceptées qu'elles sont expliquées et réparties.

Quelques exemples

  • Écogestes : réduire la température des locaux (19 °C pour le chauffage), éteindre les équipements non utilisés, lutter contre le gaspillage (alimentaire, papeterie, consommables, etc.)...
  • Organisation : réduire les déplacements (favoriser le télétravail et les réunions à distance), optimiser les tournées logistiques, revoir les processus pour éliminer les étapes énergivores...

Efficacité

Quand vous avez éliminé les postes superflus d'émission carbone et de consommation énergétique, attelez-vous à la réduction de ce qui ne peut être supprimé. Le mot d'ordre est de moins consommer et de moins émettre pour les mêmes résultats opérationnels.

Ce pan d'une stratégie bas-carbone occasionne souvent des changements d'ampleur. Son coût est potentiellement élevé, mais le retour sur investissement le rend très attractif.

Le calcul de la rentabilité est le point névralgique qui détermine le go / no go. Pour être opérant, ce calcul prend obligatoirement en compte l'échelonnement des réalisations (vous n'avez pas à tout faire d'un coup) et les économies générées par les actions antérieures.

Quelques exemples

  • Bâtiments : isolation des toitures et des murs, remplacement des menuiseries, installation d'un éclairage LED...
  • Process : remplacement des équipements énergivores par des modèles à haute performance (moteurs, compresseurs, groupes froids), installation de systèmes de régulation et de pilotage intelligents (GTB / GTC)...

Pour les sites industriels, des leviers plus complexes, mais à fort potentiel, existent.

  • Récupération de la chaleur fatale : capter la chaleur perdue par un procédé (fours, compresseurs) pour la réutiliser ailleurs sur le site ou la valoriser sur un réseau de chaleur voisin
  • Efficience matière : employer des matières premières recyclées ou biosourcées, qui ont une empreinte carbone plus faible et préservent les ressources vierges

Mix énergétique

Décarboner l'énergie consommée est probablement la démarche la plus simple à appréhender. Elle est très pertinente, évidemment, et même indispensable pour réduire l'empreinte carbone de votre entreprise.

Le mot d'ordre est de miser sur les énergies renouvelables pour alimenter vos machines de production, votre flotte de véhicules ou encore vos équipements bureautiques (sans oublier bien entendu la machine à café).

Quelques exemples

  • Approvisionnement : souscription à des contrats d'électricité ou de gaz d'origine renouvelable
  • Production sur site : installation de panneaux photovoltaïques en toiture ou sur ombrières de parking
  • Électrification : remplacement des chaudières à gaz par des pompes à chaleur performantes

Compensation

La compensation carbone complète la suppression et la réduction des émissions à la source. Les émissions résiduelles sont alors compensées par le financement de projets qui séquestrent ou évitent une quantité équivalente de CO2.

Pour assurer la crédibilité du procédé, sélectionnez des programmes certifiés par des labels reconnus (Gold Standard, VERRA, Label Bas-Carbone). C'est la garantie d'un impact véritable et vérifiable.

Quelques exemples

  • Soutien à des projets de reforestation et de boisement
  • Investissement dans le développement des énergies renouvelables
  • Participation à des programmes d'efficacité énergétique
TC LB1
ÉNERGIE – CARBONE
> GUIDE DE SURVIE POUR LES PROFESSIONNELS

Financer votre transition énergétique bas-carbone

La question du financement est centrale, et pas seulement pour le directeur financier ou le dirigeant. Toute la structure est sollicitée pour mobiliser les aides accessibles, structurer et répartir les investissements.

Sans surprise, une stratégie de décarbonation a un coût. Heureusement, un écosystème d'aides publiques et de solutions privées existe pour lever les freins financiers et rendre les projets rentables en accélérant le ROI.

  1. Aides publiques
    • Fonds européens
    • Certificats d'Économie d'Énergie
    • Aides de l'ADEME
    • Solutions de Bpifrance
    • Aides locales
    • Dispositifs fiscaux
  2. Financements privés
    • Finance verte
    • Tiers-financement
    • Programme Advenir

Il y a un pilote dans l'avion

Sinon, c'est le crash assuré pour votre stratégie de décarbonation. Et votre entreprise aura du mal à s'en remettre, devant peut-être repartir de zéro pour (re)prendre son élan vers la neutralité carbone.

Comme évoqué précédemment, la mise en place d'un comité de pilotage est fortement recommandée. Ses missions, fixées précisément, concourent à la réussite de la transition énergétique bas-carbone. Loin d'être un projet ponctuel, celle-ci est plutôt un processus d'amélioration continue qui a besoin d'être maîtrisé et valorisé.

Suivi des performances

Votre stratégie doit être agile pour s'adapter aux résultats obtenus, à mesure que vous avancez dans votre trajectoire carbone. Certains résultats dépasseront vos attentes, quand d'autres seront a contrario décevants (demandez-vous pourquoi !). Sans compter les inévitables évolutions réglementaires, technologiques ou le contexte du marché dans lequel votre société opère.

Une remontée fluide, constante et qualitative, des informations et des données vers votre comité de pilotage vaut de l'or. Vous vous en rendez compte à chaque phase d'analyse. Les décisions sont plus faciles à prendre, et plus pertinentes, pour fixer de nouveaux objectifs ou pour corriger le tir, si nécessaire.

Mettre en place un système de management de l'énergie et de l'environnement inscrit votre entreprise encore plus profondément dans une véritable trajectoire de performance durable. Plusieurs logiciels, certifiés ISO 50001 / ISO 14001 ou non, automatisent le suivi et le pilotage de votre stratégie de décarbonation, offrant plusieurs fonctionnalités.

  • Recenser les indicateurs énergétiques et carbone de performance
  • Analyser les écarts
  • Identifier de nouvelles opportunités d'amélioration
  • Fournir des tableaux de bord en temps réel

Communication et reporting

Vos efforts de décarbonation ont une valeur qui mérite d'être communiquée et mise en avant. Premièrement, en interne. Quoi de plus normal, après tout ? Vous avez impliqué vos collaborateurs autour d'un objectif commun, la décarbonation de l'entreprise, en les mobilisant pour l'atteindre. Il est donc logique de les tenir au courant pour renforcer leur engagement, leur motivation et leur fierté d'appartenir à une structure au fort engagement RSE / ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance).

Le principe est partiellement le même auprès des cibles externes, considérant que vos clients et partenaires accueilleront favorablement votre positionnement de société responsable. Il y a une exception, cependant, pour les entreprises assujetties au reporting extra-financier de la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive). Pour elles, la communication des données est une obligation légale. C'est également un puissant outil de différenciation pour répondre aux appels d'offres et renforcer la confiance de leurs clients et investisseurs.

FAQ – Stratégie de décarbonation
Mon entreprise est une PME, dois-je vraiment faire un bilan carbone ?

Bien que l'obligation légale ne concerne que les grandes entreprises, la réalisation d'un bilan carbone est fortement recommandée. Même pour une PME. C'est un outil stratégique pour identifier des économies de coûts, anticiper les demandes de vos clients grands comptes (qui doivent reporter leur Scope 3) et renforcer votre image de marque.

Par où commencer concrètement ?

Commencez par le commencement, c'est-à-dire la mesure des émissions carbone et des consommations énergétiques de votre entreprise. De ce diagnostic découle la mise en place de la stratégie avec son lot de solutions pour optimiser l'énergie et décarboner.

Quelle est la différence entre sobriété et efficacité énergétique ?

La sobriété énergétique cible les aspects comportementaux pour réduire le besoin en énergie par la limitation des services et des actions. L'efficacité est une approche technologique qui vise la réduction de la consommation d'énergie sans baisser le niveau de performance. Les deux sont complémentaires et essentiels.

Qu'est-ce que l'initiative SBTi ?

La SBTi (Science-Based Targets Initiative) est un projet mondial qui agit pour rendre compatibles les obligations de réduction carbone des entreprises avec l'objectif de l'Accord de Paris (limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C). Son expertise et ses recommandations sont basées sur les sciences du climat. Faire valider votre trajectoire par le SBTi est un gage de crédibilité et de robustesse pour votre stratégie de décarbonation.

Combien coûte une démarche de décarbonation ?

Le coût est très variable, selon les objectifs et les actions engagées. Des aides sont d'ailleurs proposées aux professionnels pour subventionner une partie de la démarche de décarbonation.

Le point le plus important est le retour sur investissement. En plus du niveau financier direct, il faut considérer les impacts environnementaux et sociétaux qui apportent aussi une plus-value, monétisable ou non, à la société.

Quelles sont les difficultés à prendre en compte ?

Outre la complexité inhérente aux projets de grande envergure (définition des objectifs, organisation et suivi), la mise en place d'une stratégie de décarbonation est une démarche de longue haleine. Ses résultats sont parfois difficiles à qualifier, notamment en termes de ROI. Les aides financières sont complexes à comprendre, elles évoluent fréquemment et les délais de traitement sont aléatoires.

L'objectif ultime, la neutralité carbone, n'est de plus pas atteignable pour plusieurs secteurs comme la chimie, le transport lourd et certains segments du BTP. Même si la parade existe avec les mécanismes de compensation carbone.

En fin de compte, le jeu en vaut la chandelle si votre approche ne se cantonne pas à envisager la décarbonation comme une stratégie environnementale. Votre entreprise a tout à y gagner en considérant la décarbonation comme un outil agile de maîtrise des risques et d'optimisation financière intégrée pour répondre aux enjeux climatiques, sociaux, économiques et bien sûr réglementaires.

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